Frederic Briet et Nicolas Peoch répondent à nos questions
LF : Comment est né ce projet en duo ?
FBB : À l’occasion d’un projet de concert déambulatoire dans un bois et à travers champs, nous avions composé une dizaine de petites pièces en quelques jours et Nicolas avait pris le saxophone soprano pour l’occasion. Cela nous a donné l’envie de continuer à travailler sur l’espace ouvert entre les tessitures des deux instruments, l’écho de la voûte sylvestre en moins.
NP : Nous nous sommes rencontrés à Brest en 2004 sur le projet Nimbus, créé par Fred. J’y ai participé à plusieurs reprises, ce qui nous a permis de développer progressivement un champ d’expérimentation commun. Après plusieurs rencontres dans des formations et projets ponctuels, le projet de duo est né sous l’impulsion de Fred.
LF : Un duo comme le votre n’est a priori pas une aventure facile : beaucoup de prises de risque et sans filet du fait qu’il n’y ait ni instrument harmonique, ni batterie. De quelle manière avez-vous travaillé votre musique ?
FBB : Effectivement, le registre couvert par les deux instruments est grand et il faut porter une attention particulière à la justesse. Cependant, la contrebasse étant un instrument riche en harmonique, il est, j’imagine, jubilatoire pour un instrument à vent de grimper dans cette « canopée » harmonique. On peut aussi comparer la relation dans ce duo à celle d’acrobates, le porteur et le voltigeur, sauf que l’on ne risque pas l’accident grave si l’on se rate, sinon nous ne serions pas là pour vous en parler. Quant à la batterie, seuls les timbres ne sont pas les mêmes, mais nous jouons le rythme.
NP : La spécificité du travail réside surtout dans la gestion de l’espace et du son. Fred a une grande conscience de ces aspects. Ensuite, le grand chantier du duo, c’est la connection rythmique.
LF : Vos compositions semblent parfois très contraignantes pour la suite dans vos improvisations. Comment percevez-vous cela ?
FBB : Nous ne nous sommes pas donné de règles pour composer ou improviser dans telle ou telle direction, avec de fortes contraintes ou non. Parfois, nous avons envie de choses élaborées, d’autres fois de choses simples, parfois de rationalisation, d’autre fois d’onirisme, etc. Nous fonctionnons très différemment l’un et l’autre, donc ce que propose l’un n’est pas forcément le fort de l’autre, il faut alors beaucoup travailler pour s’approprier les propositions, mais nous ne refusons jamais une proposition. Là, je ne parle pas spécifiquement de « l’improvisation » car je la vois comme partie intégrante d’une composition.
NP : Le point de départ de mes compositions est généralement rythmique. J’ai découvert auprès de musiciens comme Guillaume Orti ou Stephane Payen l’importance de se concentrer sur une idée, de la développer. Je compose et pratique de cette façon depuis maintenant quelques années avec mes différents projets (Oko, Rah-Slup, mon trio), le travail sur les différentes contraintes de ces compositions devient familier.
LF : Vous participez en Bretagne à un autre projet (Le All star du jazz) avec 8 autres musiciens. Pouvez-vous nous en parler?
FBB : « Nautilis » est un orchestre qui réunit une dizaine de musiciens actifs de Brest et de la région. Nous enregistrerons un disque au mois de janvier et déjà de nombreux projets se dessinent. Il est encore trop tôt pour en parler plus en détail, le projet à besoin de maturité. Les curieux peuvent aller voir les extraits de films et bandes sonores sur le site de « Nautilis », ce sera parlant.
NP : Il s’agit de Nautilis, un grand ensemble initié par le clarinettiste Christophe Rocher, qui réunit des musiciens qui se côtoient dans divers projets. L’orchestre met en jeu les problématiques spécifiques à chaque compositeur.
LF : Comment se porte le jazz entre Brocéliande et Ouessant ?
FBB : Je ne suis pas au courant de ce que font actuellement les Korrigans et les Naufrageurs.
Plus sérieusement, c’est difficile de parler du Jazz cela englobe trop de pratiques et de points de vue différents. Je commencerais par définir ce qu’est le « Jazz » pour moi : c’est un mode de relation à l’autre. C’est une proposition d’échange direct. En tant que musicien aujourd’hui je cherche à voyager par la musique, à rencontrer et apprendre des autres et c’est pour cela que je suis ouvert à tous les échanges. Je vis la musique pour cela. Dans ce sens, nous vivons une époque où il n’y a plus à hésiter, soit nous fermons, soit nous ouvrons, ce qui facilite grandement les choses. Beaucoup de gens ressentent le besoin d’ouvrir, ici et ailleurs. Pour finir de répondre à votre question : oui cela passe aussi par ici. Quant aux lieux de diffusions, cela ne change pas, il faut de plus en plus se battre pour créer des occasions de rencontres avec les publics. Cela demande de l’inventivité et une dose de ténacité.
NP : Brest peut compter sur « Penn ar Jazz » pour une super programmation toute l’année et un beau festival en octobre qui voit passer beaucoup de musiciens créatifs. L’asso des « Aprèm’jazz » réalise aussi un bon travail à Quimper. Il reste cependant assez compliqué de trouver des lieux ouvert à des musiques « non-étiquetées », en dehors de réseaux confidentiels gérés par des copains.
LF : Dans le contexte électoral et médiatique actuel, quelles seraient vos critiques, revendications et suggestions en terme de politique culturelle vis-à-vis des institutions publiques ?
FBB : Replacer « l’être humain » au centre des priorités.
Favoriser la circulation des produits de première nécessité, des connaissances et des techniques.
La création d’un espace d’échange culturel international vierge de tout droit personnel et protégé de toute main mise à des fins mercantiles ou idéalistes. Une sorte « d’Antarctique » de la culture. Un espace de la dimension de la terre, par exemple. Cela vaut pour tous les domaines bien entendu : la santé, l’agriculture, l’enseignement, la science, la justice, …. .
Au boulot !
